CATHEDRALE SAINT-FACHANAN DE KILFENORA / Irlande

 
Kilfenora est un petit village du comté de Clare dans le Munster en Irlande.
On y trouve une cathédrale en ruine datant du 12eme siècle: la cathédrale Saint-Fachanan "Cill Fhionnurach" (Église au simple frontispice blanc).
Sa présence fait d'ailleurs officiellement de Kilfenora la plus petite ville du monde.

Un petit cimetière borde la cathédrale avec des tombes parfois très anciennes et les dernières demeures de moines, d'abbés et d'évêques. Le tout est entouré d'un enclos en pierre sèche.

L'endroit est surtout reconnu pour la présence de Hautes Croix.
Une haute croix est typique de l'art irlandais, en forme de croix celtique et richement décorée. 
On en retrouve aussi en Écosse et en Grande-Bretagne.
Elles sont très grandes (comme leur nom l'indique) et en pierre avec des scènes bibliques ou des motifs celtiques sculptés (cordes et tresses).
La forme ronde, l'anneau, qui souligne la croix (typique du style celtique) servait à la base de soutien à la tête de la sculpture pour finalement être conservé comme motif ornemental.

A Kilfenora il y en avait 7 autour de la cathédrale, certaines servaient à marquer les limites du sanctuaire (croix du nord, du sud, de l'ouest par exemple), d'autres à signaler une tombe.
Elles ont été déplacées au fil du temps et il est parfois difficile de retrouver le fil de leurs histoires.
 
Aujourd'hui il n'y a que celle de l'Ouest qui est encore in situ. 
Les quelques autres qui sont encore sur le site, sont dans le transept "la chapelle Notre-Dame".
 
 

L'Apollon / Cimitero Monumentale Del Campo Verano

 

Tombe du Cimetière Monumentale de Campo Verano à Rome.

 Un Apollon sur piédestal entouré d'une végétation luxuriante.

 

Cimitero Acattolico di Roma / Italie

 
Je me suis plongée avec curiosité dans l'histoire du cimetière Non-Catholique de Rome que nous avons visité en décembre 2021. 
Ce cimetière est mythique si vous vous intéressez un peu aux mœurs du 19e siècle, une période qui me fascine. 
 
L'atmosphère bucolique du cimetière et la présence de ruines antiques fut loué par de nombreux poètes, peintres et écrivains qui s'exprimeront sur la beauté de ses fleurs et de son paysage romantique.
Rien d'étonnant alors de retrouver ici de nombreuses sépultures d'artistes
 
Ce lieu existe depuis près de 300 ans, prenant place au milieu des ruines antiques de la muraille de l'Empereur Aurélien et de la tombe pyramidale de Caïus Cestius. 
Il est autorisé en 1716 sous l'impulsion du pape Clément XI pour la cours des Stuart, exilée d’Écosse, constituée en partie par des jacobites anglicans dont on refusait l'inhumation dans les cimetières catholiques. 
 
Il s'agrandira au fil du temps, tout en étant menacé de nombreuses fois de destruction notamment à cause de l'extension de la capitale italienne. 
La reine Victoria interviendra même en sa faveur, c'est dire son importance historique.
 
La partie originelle dite antique fut très vite remplie. 
Craignant pour la conservation des ruines et à cause de la présence de trop nombreux arbres qui gâchaient la vue, elle fut fermée aux inhumations. 
La partie nouvelle, séparée de la partie ancienne par un mur, eut plusieurs phases d’extensions à cause d’épidémies dévastatrices. 
Elle donne la sensation d'un amphithéâtre avec des tombes en escalier formant des gradins
On créa aussi plusieurs bâtiments servant au fil du temps de morgue, de chapelle ou d'accueil pour les visiteurs.
 
 
 
Le cimetière est très boisé en raison de la tradition de planter des arbres sur les tombes, souvent des cyprès, symbole d’immortalité
Certains de ces arbres ont plus de 100 ans. 
 
Il y a également un mélange de végétaux d’essences méditerranéennes et de l'Europe du Nord, à la fois sauvage et cultivé. Le tout a gardé un aspect champêtre, légèrement entretenu à l’image des jardins à l'anglaise
 
De nombreux chats vivant entre les tombes achèvent le tableau. 
La présence de ces chatombales, comme les appelle le conservateur du Père Lachaise, remonte à plus de 150 ans où ils étaient déjà nourris par de bonnes âmes.
 
 
 
 Le cimetière deviendra la dernière terre de nombreux voyageurs du Nord de l’Europe venus faire le très en vogue « Grand Tour »
Ce voyage à travers l'Europe dont Rome était une destination de choix avait des buts divers :tromper l'ennui, fuir une Angleterre trop corsetée et au climat trop rude, soigner une maladie ou encore améliorer son art en respirant l'air des plus grands artistes
Malheureusement et malgré la réputation d'un climat favorable à la santé, beaucoup de ces jeunes gens périssaient sur place en partie à cause des marais entourant la ville qui propageaient la malaria
 
Plusieurs nationalités aux religions très diverses se retrouvent :anglais, allemands, américains, scandinaves, russes, grecques et orientaux. 
 
Les inhumations se faisaient en générale de nuit pour des raisons sanitaires et pour éviter les fortes
chaleurs de l'été. 
Des soldats papaux accompagnaient les cortèges funèbres pour assurer la sécurité des protestants, mais en réalité il y avait très peu d’incident.
  
Le poète anglais Percy Shelley, époux de l'autrice de « Frankenstein » Mary Shelley, est mort en mer, au large de Viareggio,  lors d'une tempête en juillet 1822.  
 
Il était fasciné par l'eau qu'il voulait toujours à proximité de son habitation qu'elle soit rivière, lac, fleuve ou mer. 
Et pourtant il ne savait pas nager
 
Quelque temps avant sa mort il se fit construire un petit bateau l'Ariel qui semblait mal conçu et qu'il avait du mal à diriger, lui toujours le nez dans un livre. 
Avec son ami Edward Williams ils devaient retrouver leurs femmes logées dans une villa isolée en face de la mer. 
La tempête les surprit et ne leur laissa aucune chance. 
 
On retrouva le corps de Percy assez rapidement, avec un livre de Sophocle dans une poche et des poèmes de John Keats dans une autre. Il devait sûrement lire ce dernier au moment du naufrage, car l'ouvrage était plié couverture contre couverture comme si on l'avait rangé à la hâte. 
 On enterra vite son corps sur la plage pour éviter les infections. 
 
Williams fut retrouvé trois jours plus tard et beaucoup plus loin. Son corps fût lui aussi enterré sur place. 
 On retrouva finalement trois semaines plus tard le corps du mousse qui les accompagnait. 
 
 Leur ami Edward John Trelawny, avec l'accord des épouses, fit les démarches pour incinérer les corps à la manière antique pour faciliter leurs déplacements jusqu’à leur dernière demeure: l'Angleterre pour Williams et le cimetière Non-Catholique de Rome pour Percy où reposait déjà son fils William mort de maladie à 3 ans. 
Trelawny se plaisait à penser que Percy aurait adoré ce cérémonial d'une époque qu'il vénérait tant. 
 
Les deux corps subirent le même procédé à un jour d'intervalle, après avoir été exhumé. 
Ils furent brûlés sur un grand bûcher en métal avec ajout de vin, d'huile et d'encens
La crémation de Shelley fut spectaculaire, son corps s'ouvrant pour laisser apparaître son cœur et son cerveau qui bouillonna sous les yeux horrifiés de ses amis. 
Leight Hunt se réfugia dans leur voiture pendant que Lord Byron partit se baigner. 
 
Les braises commençaient à s'éteindre quand Trelawny vit le cœur intact du poète
Il se brûla la main en le récupérant, risquant au passage une mise en quarantaine par les autorités italiennes s'ils l'avaient vu faire (il était interdit de toucher au cadavre).
 
Les cendres furent rangées dans des coffrets en bois
Celles de Shelley partirent pour Rome au consulat britannique où elles reposèrent quelque temps dans la cave à vin avant d'être enterré le 21 janvier 1823 dans la partie nouvelle du cimetière. 
Il devait au départ reposer au coté de son fils dans la partie antique mais celle-ci avait été fermée aux inhumations tout recemment. 
L'emplacement choisi ne plaisait pas à Trelawny et  il le fit déplacer à un autre endroit qu'il avait réservé. Il proposa à Mary de lui garder une place au côté de son mari mais elle refusa. 
C'est finalement lui-même qui ira reposer au côté de son grand ami (certains diront grand amour platonique) en 1881. 
 
Depuis des admirateurs du poète ont tout fait pour être enterré dans la zone autour de sa tombe.
 
 " Le cimetière le plus beau et le plus solennel que j'ai jamais vu"
Percy Blythe Shelley
   
 
Mais que devint le cœur de Percy? 
 
A la mort de Mary en 1851, leur fils trouva dans le bureau de sa mère, au milieu de lettres du couple, le cœur du poète, enveloppé dans un poème de Keats
Il se fit enterrer avec, rejoignant sa mère dans son tombeau. 
 
On pense que le cœur était calcifié à cause de la tuberculose dont le poéte souffrait. 
C'est pour cela qu’il aurait survécu aux flammes.
 
   Louis Édouard Fournier, The Cremation of Percy Bysshe Shelley

 

 

Le poète anglais John Keats repose également dans ce cimetière et son histoire, bien que moins rocambolesque que celle de Shelley, est tout aussi fascinante.

Le jeune homme, né en 1795, venait d'une famille ordinaire qui subit de nombreux deuils en grande partie à cause de la tuberculose. Il tomba lui-même malade lors d'un voyage en Écosse.

Il s'était fiancé à une certaine Fanny Brawne mais son état de santé déclinant il ne put jamais l'épouser.

Ses amis l’envoyèrent à Rome, pensant l'aider à guérir sous un climat plus favorable. Shelley lui-même lui proposa de venir chez lui à Pise mais le courant ne passa jamais vraiment entre les deux poètes malgré une grande admiration de Percy pour ses écrits.

C'est le peintre Joseph Severn qui l'accompagna et s'occupa de lui jusqu'à la fin où il mourut dans ses bras. Keats lui dira dans un accès de fièvre: « les pâquerettes poussent au-dessus de moi » (the daisies are growing over me). On en plantera sur sa tombe que Severn veillera jusqu'à sa propre mort.

Keats avait visité le cimetière peu de temps avant son décès le 23 février 1821 et semble en avoir apprécié le charme romantique. Il n'avait pas voulu que son nom apparaisse sur sa sépulture et souhaitait avoir juste la mention " Ici repose celui dont le nom était écrit sur l'eau".

 Ses amis ne purent s’empêcher de rajouter de nouveaux éléments : « Cette tombe contient tout ce qui a été mortel d'un jeune poète anglais, qui, sur son lit de mort, dans l'amertume de son cœur et soumis à la puissance malveillante de ses ennemis, a désiré que ces mots soient gravés sur sa pierre tombale. », mais se refusèrent à mettre son nom. 

Le bas relief d'une lyre, symbole d'Apollon dieu de la musique et de la poésie, souligne encore les dons de l'artiste.

C'est en 1876 que des admirateurs firent installer une plaque commémorative au nom du poète et décoré d'un médaillon le représentant sur un mur du cimetière. Severn ne put assister à la cérémonie craignant une trop forte émotion.

La tombe prit l'aspect qu'on lui connait aujourd'hui suite à la mort du peintre en 1879. Celui-ci fut d'abord inhumé à l'extrémité de la partie nouvelle, sans monument par manque de moyen. Une souscription fut lancé et grâce à de nombreux donateurs (dont les noms sont inscrits dans la pierre) Severn fut inhumé au coté de son ami sous une pierre tombale jumelle où leurs noms apparaissent, les liants éternellement dans la mort. Le bas-relief d'une palette rappelle sa profession.

Tout comme Shelley et Trelawny je suis fascinée par ces histoires de bromance qui se termine par des retrouvailles dans la tombe. N'y avait-il que de l'amitié? Dans les deux cas ce furent des relations courtes mais intenses avec un attachement au-delà de la mort.

Peut-être se sont-ils simplement accrochés à la notoriété de leurs amis décédés pour grappiller quelques miettes d'immortalité? Je n'arrive pas à me résoudre à y croire.

   

 Joseph Severn, Keats sur son lit de mort 

 

La pyramide de Cestius se trouve dans la partie antique du cimetière. Sa présence est un élément décisif dans le choix de cet emplacement et dans l'évolution des lieux. 

Le tombeau fut construit entre 18 et 12 av. J.-C et fut inclus dans le mur d'enceinte d'Aurélien au 3eme siècle ce qui le préserva de la destruction.

Il était à la mode de l'époque, très influencé par la conquête de l’Égypte en 30 av J.C. C'est la seule pyramide, sur les 4 de ce genre, qui ai survécu à Rome. Elle mesure 36,4 mètres de haut et est recouverte de marbre.

Caïus Cestius était un préteur, tribun de la plèbe (du peuple), en clair un magistrat qui rendait la justice à Rome. Au Moyen-Age on pensait que c'était la sépulture de Rémus qui est à l'origine de la création de la ville de Rome avec son frère Romulus. 

Elle fut restaurée au 17eme siècle.

De nombreux symboles sont présents sur les tombes et permettent souvent d'en savoir plus sur les gens qui reposent en dessous.

On retrouve très souvent des indices sur le métier exercé. C'est sûrement les symboliques les plus simples à décrypter car il s'agit très souvent des outils et objets utilisés.

Ici on retrouve énormément de palettes de peinture avec ses pinceaux, ce qui indique tout simplement un artiste peintre. Rien d'étonnant quand on sait le nombre d'artistes qui venaient chercher l'inspiration à Rome.

 La palette est parfois associé à une branche ou une couronne de laurier. Ce végétal représente l'immortalité en raison de son feuillage persistant. Il est aussi lié au dieu Apollon, ce qui en fait un attribut de la gloire et sert à couronner les génies, les héros et les sages.

   

Le cimetière possède de nombreuses tombes en palmette, un motif décoratif en forme de feuille de palmier, agrémentée de consoles renversées à volute (moulure en forme de S) qui donnent la forme tout en rondeur du haut de la pierre tombale.
 
La palme représente le triomphe sur la mort et l'adversité mais il est plus probable qu'elle soit ici utilisée seulement pour son aspect ornemental.

    

Les oiseaux dans l'art funéraire symbolisent en général l'envolée de l'âme vers les cieux.
 
Il est aussi symbole de paix et d'apaisement, en particulier les colombes.
Les moineaux représentent quand à eux la fidélité, la modestie et la compassion.
 
Il peut aussi devenir un messager, entre les vivants et les morts.
 

Le mot ange vient du grecque "agellos" qui signifie "messager", il est un intermédiaire entre dieu et les humains.

Dans les cimetières l'ange est là pour protéger et accompagner l'âme vers les cieux.

Selon sa posture, son geste ou ses accessoires il peut avoir une signification plus précise et symbolique: s'il porte un livre son rôle sera celui d'un scribe témoin d'une histoire; ses ailes dépliées signifieront son envol avec l'âme du défunt; s'il pleure il symbolisera le deuil, s'il prie ou s'il entoure une croix la foi religieuse; s'il porte une couronne il sera synonyme d'éternité dans les mémoires; s'il porte une palme il représentera un martyr et des fleurs l'aspect éphémère de la vie.

Ici il y a cet incroyable ange avec une faux, attribut en principe de la mort et avec un soleil flamboyant derrière lui, représentant peut-être la vie qui est derrière le défunt.

Mais l'ange le plus connu des lieux est "Angel of Grief (L'Ange du chagrin)", une sculpture exécutée par l'artiste William Wetmore Story en 1894.

Son titre originel est "L'ange du chagrin pleurant sur l'autel démantelé de la vie"

A la mort de sa femme Emelyn Eldredge, l'artiste est dévasté et n'a plus goût à rien. Ses enfants lui conseillent de réaliser un monument en son honneur et il s’attelle à la réalisation de cette œuvre qui symbolise avec force la douleur de ceux qui restent et qui ont perdu un être cher.

Il mourra un an après sa femme. Il tomba malade très vite après avoir terminé l'ange tragique qui orne désormais leur tombe commune qui se trouve non loin de la sépulture de Shelley.

Sa femme était une grande admiratrice du poète et avait fait inhumer leur fils Joseph dans la même zone.

Beaucoup considèrent que c'est une des plus belles réalisations du sculpteur. Elle fut d'ailleurs copiée à de nombreuses reprises et on retrouve d'autres versions dans plusieurs cimetières aux États-Unis. Son image est aussi apparue sur des pochettes d'albums de rock ou de métal.

 

Le chérubin est un motif ornemental assez courant constitué d'un visage d'enfant entouré d'une paire d'ailes et sans corps.
Ces visages potelés sont synonymes d'innocence et de pureté. Ils peuvent être utilisé pour la tombe d'un enfant ou d'une personne jeune et innocente.

Bibliographie:

  • The Non-Catholic Cemetery in Rome / Nicholas Stanley-Price / Published by The Non-Catholic Cemetery in Rome / 2014
  • Percy et Mary Shelley : un couple maudit / Anne Richter / Paroles d'aube ; . Conférences des Midis de la Poésie / 2001

  • Percy Bysshe Shelley : le prophète romantique : biographie / Bernard-Jean Ramadier / Éditions Aden / 2008
     
  • Les derniers jours de Shelley et Byron : souvenirs (1858) / Edward John Trelawny / Collection romantique / 1995
     
  • John Keats : les terres perdues : biographie / Christian La Cassagnere / Éditions Aden / 2008