Le cimetière d'Auvers-sur-Oise / Ile-de-France



Le cimetière d'Auvers-sur-Oise est un classique cimetière français comme on en retrouve beaucoup. Son existence est pourtant mis en lumière par la présence d'un défunt célèbre: Vincent Van Gogh qui y repose auprès de son frère Théo

 D'autres artistes, certes moins connus, y reposent également. 

Comme dans beaucoup de villes au 19e siècle, le cimetière paroissial, compagnon indispensable de l'église, doit s'éloigner des habitations par manque de place, mais aussi par souci d'hygiène. 

C'est le cas à Auvers-sur-Oise où les lieux sont déplacés au nord du village en 1858 avec un transfert des tombes anciennes en 1875. 

L'église, ainsi délaissée par les morts, sera peinte par Van Gogh pour l'anecdote.

 

Le peintre Vincent Van Gogh a vécu ses derniers jours à Auvers-sur-Oise, du 20 mai au 29 juillet 1890.  Le choix de ce petit village du Vexin ne tient pas du hasard. Plusieurs peintres impressionnistes et de l'école de Barbizon étaient déjà venus ici pour trouver l'inspiration.

 
La santé mentale de Vincent a toujours été très fragile comme en témoigne ses différents séjours en asiles ou l'épisode de la fameuse oreille découpée à la lame de rasoir qui ne font que l'isoler des autres chaque jour un peu plus.
Son état est très préoccupant et son frère Théo cherche des solutions pour lui venir en aide. C'est ainsi qu'il rencontre le docteur Paul Gachet qui vit à Auvers-sur-Oise. Il lui confiera son frère après sa sortie de l'asile d'aliénés Saint-Paul-de-Mausole de Saint-Rémy-de-Provence.
Le docteur Gachet connaît bien le petit monde des artistes, ami de Cézanne il peint lui-même et côtoies les impressionnistes.
Vincent s'installe dans la petite chambre portant le numéro 5 dans l’auberge Ravoux du village.
Ce sera une période particulièrement prolifique pour le peintre de 37 ans qui réalisera 78 toiles dont un portrait du docteur Gachet.

Malgré l'attention du médecin, Vincent finira par se tirer une balle dans la poitrine le dimanche 27 juillet 1890. Il venait de terminer son ultime toile "Racines d'arbres" dans un champ sur la rue d'Aubigny.
Grièvement blessé, il se traîne jusqu'à sa chambre. L'aubergiste l'entend et part chercher le docteur Gachet qui ne peut pas faire grand-chose à part un bandage. Théo, resté à Paris, est rapidement prévenu et veillera son frère jusqu'à son dernier souffle deux jours plus tard.

Il est enterré dans le cimetière du village.

Théo meurt le 25 janvier 1891 des suites d'une syphilis. Sa femme, Johanna Bonger rapatriera sa dépouille en 1914 pour qu'il puisse reposer aux côtés de son frère. Ils ont tous les deux des stèles identiques, très sobres. Du lierre, symbole de fidélité, lie les deux tombes pour toujours sous un coussin verdoyant et persistant. La bouture originelle vient du jardin du Docteur Gachet.
Leurs tombes sont très visitées par des touristes du monde entier et il n'est pas rare de voir apparaître des tournesols en guise d'hommage.

Mais reparlons un peu de Johanna qui a eu un rôle important dans la reconnaissance posthume de Vincent après avoir hérités de la collection de tableaux de Théo. C'est elle qui à force de patience, d'organisations d'expositions (qu'elle finance souvent sur ses deniers) et de mise en avant astucieuse le fera connaître mondialement. C'est elle aussi qui mettra en ordre leurs prolifiques correspondances.
Sa famille finira par vendre à l'état en 1962 son importante collection qu'elle avait préservée avec soin et qui constitue l'essentiel du fond du Musée Van Gogh à Amsterdam.
Elle repose au cimetière de Zorgvlied à Amsterdam.

 

On retrouve de nombreuses couronnes de fleurs dites "Barbotine" qui sont très présentes dans les cimetières français. 

Il s'agit de décors floraux réalistes en relief en faïence peinte. Elles apportent douceur et couleur et on l'avantage de ne pas faner comme les vraies fleurs. Elles finissent, malgré leur grande résistance, par s'abîmer avec le temps, mais ici, elles sont relativement en bon état.

Cette technique a été inventée au milieu du 20e siècle et a été en vogue jusqu'au début du siècle dernier même si on peut encore en trouver aujourd'hui.

 

Quelques beaux portraits de défunts.

 

 

Le cimetière Hólavallagarður / Reykjavik / Islande

 

Le cimetière de Hólavallagarður se trouve sur les hauteurs de Reykjavik, derrière le Lac Tjörnin et s'étale sur une superficie de 3 hectares.
Son vrai nom est le cimetière de Suðurgata d'après la rue où il se trouve. Il prit le nom de Hólavallagarður en raison de sa localisation et de sa magnifique vue sur la ville, Hólavallagarður signifiant "Le Jardin sur la colline".

 
Il remplaça le vieux cimetière de Víkurgarður (probablement en service pendant 800 ans) qui est aujourd'hui une place.
Il fut consacré en 1838, date de son ouverture.
Dans les années 30, tous les emplacements avaient trouvé preneur. Aujourd'hui, il faut avoir un caveau de famille pour pouvoir y être enterré.
Une dérogation permet de déposer des cendres aux côtés des cercueils.
Le cimetière a ainsi subi peu de changement et se trouve relativement en bon état.

En Islande, la tradition considère le premier défunt enterré dans un cimetière comme le gardien de celui-ci. Guðrún Oddsdóttir, qui décéda en 1838 à l'ouverture du cimetière, est donc la "gardienne" des lieux.
Cette tradition des défunts gardiens me rappelle aussi les mythes vaudous de Baron Samedi et Maman Brigitte, ces loas qui s'approprient la première tombe et la tombe d'une femme de chaque cimetière pour veiller sur tout ce petit monde.

Une des grandes particularités est la présence d'arbres à foison : bouleaux, sorbiers, peupliers, épicéas, mélèzes et autres saules. 

Pour un pays très peu boisé, c'est vraiment une exception. Il n'y avait probablement aucun arbre planté dans le cimetière avant 1900 et très peu jusqu'aux années 40 où leur nombre ne cessa de croître. Pour certains, il permettrait même de retracer les variétés qui ont été introduites sur l’île au fil des années.

 
    

Les mains jointes parlent du lien entre les vivants et les morts.
Elles représentent souvent l'alliance d'un couple (reconnaissable par le type de poignet de vêtement, dentelle pour les femmes et bouton de manchette pour les hommes), mais aussi des amis, des fratries ou tout lien familial fort.
La main du dessus désigne en général le défunt et donc celui qui attend l'autre dans l’au-delà.
Ici, elles sont en faïence blanche et d'une grande sobriété.

   

L'ange est un intermédiaire entre Dieu et les humains. Dans les cimetières, il est là pour protéger et accompagner l'âme vers les cieux.

 
Ici, il y en a de nombreux dans des médaillons en faïence sur les tombes.
Certains portent des bébés dans les bras, les ailes en vol et accompagnés par une chouette, sûrement pour les amener au ciel.
Un autre médaillon présente plusieurs anges et angelots jouant de la musique qui pourrait être une référence à la musique céleste et aux louanges au seigneur.

   

Nous avons croisé le chatombale du cimetière.

 

Plusieurs concessions sont entourées d'un enclos en métal qui marque son espace et sa superficie et préserve les tombes.
Il peut aussi avoir un aspect symbolique pour protéger les défunts, mais aussi pour empêcher les âmes tourmentées de vagabonder.
La présence de piques renforce cette idée de protection.

Je suis assez intriguée par celui qui est constitué de ce qui semble être plusieurs "Memorah", le candélabre à 7 branches, un des plus anciens symboles du peuple juif, aussi utilisé par les églises primitives et par les francs-maçons. Il symbolise le buisson ardent, la lumière divine et les 7 jours de la création de l'univers.

 

D'autres concessions présentent cette délimitation, mais cette fois avec des murets, parfois en escalier.  Le mur principal un peu plus haut porte les plaques funéraires.

 

Quelques tombes sont ornées de fleurs, sous forme de guirlande qui était déjà utilisée dans un contexte funéraire dans l'Antiquité. Elles ont avant tout un rôle décoratif et ornemental.

J'ai remarqué surtout des roses, symbole de l'amour, de la fragilité de la vie, mais aussi de la jeune fille et peut-être d'une mort prématurée (mais cela ne semble pas le cas ici) et le lierre, symbole de l'éternité et de l'immortalité en raison de son feuillage persistant.

   

Il y avait également de nombreuses croix blanches en bois, très épurées. Une plaque noire indique l'identité du défunt et très rarement, on y retrouve un élément décoratif.

La croix est un symbole récurrent de la mort et de la religion, ici l'église luthérienne. Son dépouillement peut s'expliquer par la simplicité des rites protestants. 

 Le blanc rappelle la pureté, mais peut-être y a-t-il ici aussi une association avec le drapeau islandais qui se compose entre autres d'une croix blanche?

Les oiseaux dans l'art funéraire symbolisent en général l'envolée de l'âme vers les cieux.
 
Il est aussi symbole de paix et d'apaisement, en particulier les colombes.
Les moineaux, très présents ici, représentent quant à eux la fidélité, la modestie et la compassion.
 
Il peut aussi devenir un messager, entre les vivants et les morts.

 

De nombreuses tombes sont agrémentées d'une branche de laurier accompagnée d'une croix, mais il pourrait aussi s'agir de palme tant, les deux symboles se confondent (sans oublier l'olivier ou le buis, ça devient compliqué.).

Le laurier représente la vie éternelle en raison de ses feuilles très résistantes.
La palme est quant à elle le symbole des martyrs notamment chrétiens. 

Le rameux est un élément important dans les rites chrétiens, qu'il soit de palme, de laurier ou d'olivier, célébrant l’entrée solennelle du Christ à Jérusalem.
Ils sont aussi associés au génie, à la gloire et au triomphe.  

 

La croix rayonnante représente la gloire de dieu étincelante.
Cette lumière divine symbolise aussi le salut et le bonheur réservés aux justes après leur mort.

 

Le cimetière possède également un carré et un monument aux marins français morts dans les eaux islandaises. Il fut construit en 1953 et porte une épitaphe dans les deux langues tirée de "Pêcheurs d'Islande" de Pierre Loti. 

Il y a un lien très fort entre le pays et les pêcheurs français notamment bretons qui venaient au large de l'Islande pendant de longs mois. Le village de Fáskrúðsfjörður accueillit une communauté française et un cimetière leur fut dédié. 

Dans le cimetière du bourg de Ploubazlanec en Bretagne, existe "Le Mur des Disparus" qui rend hommage également à ses marins disparus en mer.

 

Plusieurs tombes avaient des "bouquets" de Noël, composés de branches de sapins, de décorations rouges et or et de pommes de pin.

C'est une tradition très ancienne en Islande qui consiste à décorer les tombes pour Noël et à les illuminer à l'aide de bougies ou de guirlandes électriques.