Le cimetière d'Ouessant / Bretagne / France



L'île d'Ouessant en Bretagne est la terre la plus à l'ouest de France métropolitaine
Elle est réputée hostile et austère en raison de son isolement, de ses tempêtes meurtrières et de son paysage quasi lunaire fait de landes et de rochers majestueux de granit. 
Tout cela lui donne un charme fou et sauvage.
Dans son bourg principal Lampaul, se trouve un cimetière rattaché à l'église Saint-Pol-Aurélien datant de 1860. Le cimetière semble dater de la même époque.
Peu de tombes anciennes sont encore en place ( des restes des concessions abandonnées se retrouvent au milieu des herbes sauvages dans le fond du cimetière). 
Il y a donc énormément de tombes récentes en marbre. Les signes religieux y sont aussi encore très présents.
On retrouve aussi un enclos, qui surplombe le reste du  cimetière, réservé aux sépultures des curés qui se sont succédé dans l'île. Il y a notamment un gisant assez élaboré sur la tombe du prêtre Jean-Marie Picard (fin du 19ème siècle).

Les tombes sont toutes placées dans la direction de l'ouest.
Mais le plus intéressant c'est la présence de deux rites funéraires dont un typique de l'île.

Il s'agit les croix de Proella ( du breton bro-ella signifiant "retour au pays") associées aux rites funéraires utilisés pour les disparus en mer d'Ouessant.
La cérémonie consiste à venir déposer une petite croix faite avec des mèches de bougie chez la famille du défunt dont le corps fût emporté par les flots.
Le corps ainsi symbolisé est veillé par ses proches sur une sorte d'autel où l'on retrouve un bol d'eau bénite avec un rameau de buis pour le bénir. La croix est déposée sur la coiffe d'une des femmes de la famille et servira ainsi de linceul.
Le corps factice retourne ensuite à l'église pour une célébration mortuaire et est placé dans une niche à l'intérieur. 
Une fois la niche remplie, les croix ainsi collectées prendront la direction du cimetière et seront déposées dans un petit caveau prévu à cet effet probablement lors de la Toussaint et en présence d'un évêque.
Le caveau est toujours là et on peut voir une croix de Proella à l'Écomusée d'Ouessant.


Croix de Proella / Musée de Bretagne et Ecomusée du pays de Rennes

En regardant ce monument de Proella on peut voir devant lui un trou, en forme de cœur, creusé dans la pierre.
Il s'agit là d'une autre particularité du cimetière que l'on retrouve en assez grand nombre: un bol ou cavité rempli.e d'eau bénite avec son rameau pour pouvoir bénir la tombe quand on vient rendre visite au(x) mort(s) notamment à la Toussaint (utilisé aussi lors de la veillée de la croix de Proella).
C'est une coutume issue de la religion chrétienne que l'on peut retrouver dans d'autres régions de France (à ma connaissance le Berry, le Limousin et le nord de l'Alsace).
Le rameau symbolise la foi et l'espérance en la résurrection.
Quand à l'écuelle elle a pu appartenir au mort de son vivant  et ainsi l'accompagner dans l'au-delà pour lui assurer sa pitance. C'est une symbolique assez courante depuis l'Antiquité car le bol est un objet personnel et du quotidien, qui avait une grande importance dans le passé. Cela pourrait être le cas des bols bretons Henriot avec prénoms que j'ai pu observer ici.
En allant plus loin j'ai aussi pu lire que l'utilisation d'eau dans les cérémonies funéraires pourrait être liée aux anciennes pratiques du paganisme, antérieures au christianisme, rattachées au culte de sources sacrées.

J'ai noté aussi la présence de coquilles St-Jacques, véritables ou sculptées qui pourrait rappeler le pèlerinage vers St-Jacques de Compostelle. 
La symbolique de ce coquillage est aussi très intéressante: différents chemins que représentent les lignes de la coquille qui se rejoignent pour un but commun à sa base.



Le bol d'eau avec un rameau de buis pour esquisser un signe de croix sur la tombe.



Le petit mausolée à l'ange, qui contient les croix de Proëlla.



 REFERENCES: 



Sur les coupelles des morts:


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